De la Grande Soufrière à la Montagne Pelée
Guadeloupe
Nous sommes partis dans ces îles amoureuses du vent,
Là-bas, dans les Caraïbes où l’air a des senteurs de sucre et de vanille,
Sous le soleil des tropiques et des plages de sable blanc,
Où le flot tiède et bleu nous bercera dans la mer des Antilles.

Bonjou nou konten wè zot’, Bonjour, nous sommes ravis de vous voir
Sous les brises au chant des arbres familiers
J'ai vu les horizons où planent les frégates
Et respirer l'encens sauvage des halliers
Dans ses forêts pleines de fleurs et d'aromates
À l'heure où sur les pics s'allument les boucans
Un hibou miaulait au cœur de la montagne
Et j'écoutais pensif au pied des noirs volcans
L'oiseau que la chanson de la nuit accompagne
Ô charme d'aborder en rêve au sol natal
Où pleure la chanson des longs filaos tristes
Et de revoir au fond du soir occidental
Flotter la lune rose au faîte des palmistes !
Extrait de la poésie de 1911 de Daniel Thaly,
qualifié de « Prince des Poètes Antillais » Calucaera, « l'île aux belles eaux », aux allures de papillon sur la mer des Caraïbes posé,
C’est Christophe Colomb débarquant à Sainte-Marie en 1493 qui t’appellera Guadeloupe,
En référence au monastère de Santa Maria de Guadalupe d'Estrémadure laissé en poupe,
Ici Grande-Terre et Basse-Terre sont séparées par l’étroit bras de mer de la Rivière Salée.
Sur la pointe de Colibris, la croix trône sur le belvédère de Morne Pavillon, face à Marie-Galante,
Sur « l’Île aux cent moulins » au Domaine de Bellevue, le roi c’est le rhum agricole, sans soufre,
Dans un écrin de sable les falaises majestueuses se cache « le Gueule Grand Gouffre »,
Arche naturelle et son mélange de couleurs entre l’eau turquoise et l’écume blanche ensorcelante.
Au nord de Basse Terre dans le jardin botanique de Deshaies, le roi c’est Ceiba,
Ce fromager rouge haut de 30 m, au bois blanc et tendre, facile à couper comme du fromage,
Ses fruits recouverts du duvet lui valent aussi le nom de « bois coton » ou Kapokier de Java,
À ses côtés le Banyan géant se dresse sur son labyrinthe aérien de racines en ramage.

Dans le Parc National, les Chutes du Carbet figurent parmi les cascades les plus impressionnantes,
Cette rivière doit son nom aux « carbets », ces grandes cases ouvertes servant d’abri biscornu,
La première chute fait un saut de 115 m, la deuxième chute de 110 m, et la plus connue,
Après une cascade de 20 m aboutit dans un magnifique bassin circulaire, à l’eau rafraîchissante.
C’est par la face nord que nous effectuerons la longue grimpette de « La Soufrière », calme,
Par beau temps, en 2 heures le sentier de l’Échelle, sous 30°, nous conduira à la « Vieille Dame »,
Crachant toujours ses vapeurs soufreuses par ses bouches éruptives parfois en tempête, Descente par la Savane des Mulets avec arrêt aux « Bains Jaunes de St Claude » pour la trempette.

Après l’escalade, baignade dans les rouleaux de Capesterre Belle-Eau, à la plage de Roseau,
Avec son sable doré presque rose et ses nombreux cocotiers au bord des flots,
Au marché de Sainte-Anne bonjour à la « rose de porcelaine » et à la fleur aplatie du balisier rouge-orangé,
Puis dégustation du « cacador », ces « ouassousses » ou crevettes d’eau douce à la chair très prisée.
Aux Saintes tout est repos, la mer, le bleu du ciel,
Tout baigne dans un calme que tamise le soleil,
Aux Saintes tout est beau, on y aime cette virgule sur l’onde,
Ce point d’exclamation insignifiant du poème du monde.

À 30 mn de Trois Rivière en bateau, l’arrivée sur la baie de Terre-de-Haut mérite sa réputation,
Avec vue sur le pain de sucre, voiliers ancrés dans la baie et petites maisons créoles colorées,
Pour un panorama sur une des plus belles baies du monde, le morne du Chameau mérite l’ascension,
Au musée du fort Napoléon, au milieu du jardin botanique, les iguanes gris ou verts sont légion.
« L’île papillon » fut à partir du 17è s. une grande « canneraie » sucrière lucrative,
Où les esclaves travaillaient à la main, sans relâche, dans les champs de la canne à sucre nourricière,
De Pointe à Pitre, la capitale économique, à Basse-Terre la capitale administrative,
C’est au musée Schœlcher que l’on retrouve le parcours lié à l'esclavage et à la traite négrière.
Martinique
Ô Martinique, perle des Caraïbes, tu es un rêve éveillé dévoilant tes charmes,
Les cocotiers dansent au bord des plages, les fleurs embaument sans vacarme,
Les maisons créoles, aux couleurs vives, racontent l'histoire et les traditions,
Les marchés gourmands et conviviaux, offrent saveurs et douces sensations.

En compagnie de Gilles le breton, sur son petit « Vagabond », nous partirons pour la balade du soleil,
Entre les îlets de Le François aux noms évocateurs, Frégate, Lapin, Pelé, Loup Garou ou Oscar,
Sur une mer calme, bleu turquoise, dans la baie du Robert arrêt à « l’Îlet Chancel »,
Pour le premier baptême au « rhum arrangé », les pieds dans l’eau un pur bonheur, veinards.

Après 3 heures de croisière nouvelle halte, dans la « baignoire Joséphine » aux sables blancs,
Le doute subsiste sur le fait que l’impératrice Joséphine, originaire des Trois Îlets, s’y soit baignée,
Entre l’îlet Oscar et l’îlet Thierry, nouvelle halte pour un second baptême au rhum arrangé,
Sur l’îlet Madame, ceux de Le Robert pique-niquent face à la barrière de corail aux rouleaux défilants.
Vers le Nord Caraïbe, le long bras de terre de 12 km possède des falaises déchiquetées,
La Caravelle est aussi ponctuée de larges baies ou de petites anses entre Tartane et La Trinité,
À sa pointe, proche de l’Anse du Bout, un gros rocher porte le nom de « l’îlet Lapin »,
Surveillé par la station météo dominant la « Table du diable », à fleur d’eau, serein.
« Baie du Trésor », un contrebandier et trafiquant d’esclaves y bâtit le « Château Dubuc » du prince,
Sur le sentier de la mangrove aux enchevêtrements de racines de palétuviers impressionnants,
Rencontre avec le « tourlourou », ce crabe à carapace rouge et casquette noire, un met succulent,
Le « cé ma faute » ou violoniste, lui, donne l’impression de jouer du violon avec sa grosse pince.
Les vagues effectuant une danse capricieuse, s’enlacent et se séparent au gré des saisons,
Où se voile et se dévoile le chemin de sable à Sainte-Marie, le « Tombolo » conduit aux deux mamelons,
Autrefois terre de canne à sucre ou de pâture des animaux avec son histoire de « Manman Dlo »,
Là où une femme sirène charmait les hommes et les emportait avec elle aux fonds des eaux !

En face, surgissant des flots, battue par l’Atlantique, la « Table du Diable » malfamée,
La légende antillaise lui attribue des maléfices, c’est là que les diablesses et les gens-gagés,
Ceux qui ont pactisé avec le diable, organisaient leurs banquets et orgies,
Seules les frégates à la longue queue fourchu se posent sur cet énorme rocher, aujourd’hui.
Vers la Pointe des Salines, au sud, « La Trace des Caps », mène à la « Savane des Pétrifications ».
Panorama insolite, terre aride, végétation de savane brûlée par le sel et bois emprisonné,
Sur cette étendue décharnée de l’anse de l’Écluse, le bois s’est transformé en pierre pétrifiée,
Vestige d’une forêt engloutie par la lave, les collectionneurs ont agi en pleine spoliation.
Face au morne Larcher, un mystérieux bloc volcanique jaillissant de la mer,
Le « Rocher du Diamant » au passé glorieux, fut un haut lieu de l’histoire de la colonisation,
Fortifié par les Anglais en 1804 en y installant une centaine d’hommes, ce navire de pierre,
Fut repris en 1805, par Villaret de Joyeuse, un gascon natif d’Auch, envoyé par Napoléon.

En 1830 un navire négrier clandestin jeta l’ancre dans les parages de l’Anse Caffard de la malédiction,
Le bateau fut entièrement détruit où les cris et les craquements sinistres déchirèrent la nuit,
Quinze bustes de 2,50 m de haut, honoreront lors du 150° anniversaire l’esclavage abolit,
Rappelant les 300 esclaves africains dont seuls 60 femmes et 26 hommes en réchapperont.
Bienvenue à Grand Rivière dans ce petit village de pêcheur du « bout du bout », abrité d’Éole,
Où l’art de la pêche à bord des « gommiers » permet de déguster la langouste blaff sauce créole,
Proche du bourg, dans l’Habitation de Fond Moulin on cultivait canne à sucre, café, cacao et l’indigo,
Les ruines de la maison de maître abritent l’esprit des esclaves gardant leur fameux magot.
Au petit matin, malgré son perpétuel chapeau enrubanné, route pour la grimpette de La Pelée,
Direction Morne-Rouge pour rejoindre le Sentier de l’Aileron, le plus direct mais pas le plus aisé,
Nous ferons halte à la Croix Dufresnois, à 1223 m d’altitude pour la vue sur la baie de St Pierre,
En tout plus de 3 h par le plateau des Palmistes, pour atteindre, à 1 397 m, le Chinois de pierres.
C’est le 8 Mai 1902, vers 8 h, que Saint-Pierre fut secouée par une violente détonation,
Une nuée ardente dévala les flancs de la Montagne Pelée à une vitesse foudroyante,
En quelques minutes la ville et ses 30 000 morts n’est plus qu’un vaste cimetière fumant,
Cyparis, un des seuls rescapés, emprisonné, dut sa survie aux murs de son cachot et à leur orientation.
Proche d’Ajpoupa-Bouillon, les « Gorges de la Falaise » offrent une magnifique randonnée
Dans la rivière célèbre pour ses écrevisses « z’habitants », succulentes en fricassée,
Après une descente sportive sur 100 m de dénivelé, des passages en échelles éprouvent la résistance,
Avant de finir au fond du canyon sous les trombes d’eau de la cascade de la bientraitance.

Entre St Pierre et le Prêcheur le mémorial du « Tombeau des Caraïbes »,
Rappelle que la Martinique fut habitée près de 1000 ans par de farouches guerriers indiens Caraïbes,
Disparus vers 1658, se jetant de la falaise pour éviter le joug de la colonisation,
Le Chef Caraïbe lança, « la Montagne de feu me vengera », comme malédiction !
Au pied du Piton du Carbet dans le « Jardin de Balata » nous rentrerons au royaume des colibris,
Où grâce à une mise en scène d’un grand paysagiste, l’artiste a créé un petit paradis,
Dans ce musée botanique à ciel ouvert nous boirons des yeux un cocktail enchanteur,
De roses de porcelaine, d’héliconias, de broméliacées, et d’hibiscus, un univers tout en couleurs.

Entre le Dimanche Gras et les Cendres la Martinique, durant 4 jours les « Foyalais » se déchaînent,
Un immense « vidé » ou cortège endiablé, déambule dans les rues enfiévrées de Fort de France,
Les orchestres de rue au son des tambours « ti-bwa » déchaînent la passion de la danse,
Les diablesses, diables et diablotins, tout de rouge vêtu envahissent la ville et chantent.

Après l’avis officiel du décès de Vaval, les « guiablesses » défilent en noir et blanc, gracieuses,
Portant leur grande robe de deuil et leur chapeau cornet pistache de veuve joyeuse,
La mort de sa « Majesté Vaval », incinéré à la nuit sur le front de mer provoque leurs pleurs,
Quand les « nègres-gros-sirop » luisants de mélasse et de sueur effrayent les spectateurs.

Avant le départ, dernier hommage à l’aéroport à Aimé Césaire, poète et homme politique,
Entre 1945 et 2001, il fut Maire de Fort de France et Député de la Martinique,
Inlassable bâtisseur de l’universalité des droits de l’homme d’une « négritude » sans venin,
Il a voulu, jusqu’à sa mort en 2008, recommander d’avoir « la Force de regarder Demain ».
Adieu Madinina, « l’Île aux Fleurs »
Ton parfum suave a embaumé nos heures,
Sous ton ciel azur, tes rivières chantent, tes forêts murmurent,
Tes montagnes fières, tes plages de lumière, Au revoir me susurrent.

Mon cœur, préservez-moi de toute haine
Ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine
Car pour me cantonner en cette unique race
Vous savez pourtant mon amour tyrannique
Vous savez que ce n’est point par haine des autres races
Que je m’exige bêcheur de cette unique race
Extrait du « Cahier d’un retour au pays natal »
Guy PUJOL dit l’ARIÉ….JOIE